Prends soin de toi.

 

“Prends soin de toi.”

C’est ce qu’on dit à quelqu’un qui va mal, et qu’on ne sait trop comment aider. Qu’y-a-t’il à comprendre derrière cette phrase, brandie par tous comme un fétiche contre le possible mauvais sort de l’abandon de soi tellement craint?

Comme souvent, c’est dans la musique que j’ai commencé par trouver des pistes. C’était “On ne change pas“, de Céline Dion (mais non, c’est pas ringard). Elle y parle d’un enfant qui vivrait en nous. Et pour peu qu’on se laisse toucher par les paroles, on l’entendrait presque, sa rengaine insolente, qui s’entête et qui répète “Oh ne me quitte pas”.

Mais qu’est-ce que ça veut dire?

Et s’il était là, cet enfant – je veux dire, comme une partie de nous qui n’aurait jamais grandi?

Et si c’était cette part de nous qui rit, qui a envie, qui joue, qui pleure, qui a peur, bref, qui ressent? Et si, en même temps, nous étions devenu le parent de cet enfant?

Mon ami, si c’est vrai, combien de fois as-tu négligé l’enfant que tu es toujours resté? De combien de ses carences es-tu responsable, aujourd’hui?

Quand l’as-tu écouté pour la dernière fois? Combien de fois ne t’es-tu pas dis qu’il fallait que tu encaisses les douleurs, encore et toujours, qu’il fallait que tu te taises, que tu fasses comme si de rien n’était, que pleurer c’est pour les faibles.

Imagine une personne qui se comporterait comme ça avec un véritable enfant de 4 ans, qu’en penserais-tu?

Par exemple, si l’enfant tombait amoureux, et que le parent lui disait “ne rêve pas, il/elle est trop bien pour toi!”, Que te dirais-tu, en tant qu’observateur?

Quel genre de parent refuserait d’écouter son enfant s’il est en souffrance? Quel genre de parent passerait son temps à le rabrouer, le dénigrer, lui  empêcher de vivre, parce-que c’est soit-disant trop dangereux, ou à le forcer à subir des situations invivables?

Alors pourquoi, si souvent, les gens le font avec celui qu’ils n’ont jamais cessé d’être et dont ils sont devenus le tuteur?

Voilà que je comprends lorsque j’entends quelqu’un dire “prends soin de toi”: c’est “N’oublie pas que tu es toujours cet enfant, que tu es aussi devenu son parent, et il s’agit maintenant de prendre un moment pour l’écouter, et voir comment lui venir en aide avec sagesse.” Avec sagesse, c’est-à-dire en prenant en compte les réalités, mais en n’oubliant pas que ce qui est important – capital – c’est que dans le compromis, l’enfant ne soit pas simplement abandonné.

Dire “prends soin de toi”, c’est dire “ne t’abandonne pas, tu as besoin de toi, tu es responsable de toi, comme de tes vrais enfants, si tu en as”.

P.S.:

  • Partant de ça, il s’agit à présent de prendre en compte que tout le monde est ainsi fait, et que la compréhension de ce rapport à soi que j’ai tenté de développer un peu ici est une donnée fondamentale pour développer le rapport aux autres, point important que je tenterai bientôt de développer dans un autre article.
  • Le lecteur ayant quelques bases en psychologie aura probablement reconnu l’utilisation d’un vocabulaire très proche de celui des états du moi de l’analyse transactionnelle. Ce n’est pas fortuit, cette méthode est très juste et ne m’est pas inconnue du tout, même si, en l’occurrence, j’ai sans doute été davantage nourri par le maître Thich Nhat Hanh.
  • Sérieusement, il est pas mauvais du tout le premier album de Céline Dion.
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