Avortement: Trump fucks the world (et sans capote) !

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Trump signant l’arrêt de l’arrêt autorisant l’avortement. Copyright: AFP

On y est. À peine quelques jours depuis l’investiture de Donald Trump,  et commencent déjà à pleuvoir décrets et dispositions ultra-conservateurs. L’un d’eux concerne le retour du GlobalGag (ou politique de Mexico), qui coupe les financements publics aux ONG qui informent sur l’avortement partout dans le monde.

Et forcément, une grosse polémique s’en est suivie. Pourquoi? Regardez bien la photo de Trump signant son décret, ci-dessus. Vous ne remarquez rien? Mais enfin! IL N’Y A PAS DE FEMME! PAS UNE FEMME N’ÉTAIT PRÉSENTE LORS DE LA SIGNATURE DE CE DÉCRET CONCERNANT L’AVORTEMENT!!!

Le Tweet à l’origine de la polémique, relayé par tous les journaux: “Aussi longtemps que vous vivrez, jamais vous ne verrez une photo de 7 femmes signant une loi à propos de ce que les hommes ont le droit de faire avec leurs organes reproducteur.”

Forcément, ça fait mauvais genre: l’avortement concerne avant tout la femme qui va le subir. Et on peut donc lire, un peu partout sur les réseaux sociaux, des plaintes (abondamment relayées par les sites d’info) sur le gouvernement misogyne de Trump, sur comment cette bande de machos ose s’arroger le droit de décider ce que les femmes peuvent faire ou non de leur utérus.

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Marée rose pour la Women’s march à Washington.

Deux jours après la Women’s march, qui a rassemblé des milliers de femmes et d’hommes dans plusieurs grandes villes du monde, ça fait très mauvais genre.

Cependant, je pense qu’on assiste ici à une appropriation d’un problème, de la part des féministes, qui pourtant ne les concerne que secondement.

En y réfléchissant un peu, je pense que ces hommes, Donald Trump en tête, se moquent de ce que les femmes font de leur utérus, en l’occurrence. Ce n’est pas l’appropriation de leur corps qui pose question: c’est ce qu’il y a dedans.

On transforme ici une remise en question du contrôle sur la vie en problématique de rapports entre hommes et femmes et je pense que ça nuit à la fois au débat sur le féminisme, mais aussi à la réflexion et aux constats à tirer autour de l’avortement et surtout
de sa remise en cause.

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Le féminisme: pas seulement l’affaire des femmes, il me semble bon de le rappeler!


Finalement, sous prétexte de prise de contrôle sur leur corps, de plus en plus de femmes (soutenues par de plus en plus d’hommes) revendiquent le droit à l’avortement comme un acte féministe, ce qui tend à brouiller les positions et fait oublier que beaucoup de ces femmes seraient probablement incapables d’avorter si le problème se présentait à elles, tout simplement parce-que, qu’on soit pour ou contre, c’est une épreuve que j’imagine terrible, et je pense que personne de sain d’esprit n’aime l’idée d’avoir à avorter.

Et c’est justement cette brèche, ce brouillard dans la revendication, qui affaiblit le discours des gens qui veulent continuer à laisser le choix, et qui fait la force des anti-avortement (ou pro-life, comme ils se nomment habilement en anglais). Et il est capital de souligner que les pro-life ne sont pas spécialement des homme, parce-que le mouvement ne provient pas du machisme, mais de la religion. Et on a trop souvent tendance à l’oublier. Si ce n’est pas ce que semble dire la photo en tête de cet article, c’est que la misogynie du gouvernement Trump est une réalité, mais elle n’est pas ce qui est à l’origine de la position pro-life du gouvernement.

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Dispo sur Netflix, trouvable sur Youtube, c’est un documentaire édifiant. Il faut voir les gosses pleurer en hurlant leurs prières.


C’est notamment ce que tend à montrer le film Jesus Camp, un documentaire américain sur l’endoctrinement d’enfants par des évangélistes néo-charismatiques lors de camps de vacances. Le thème pro-life y est abordé en fin de film. On y voit essentiellement des mères, des femmes pasteurs, militer en instrumentalisant ces enfants pour donner du poids à leur message.

C’est le message chrétien qui est à l’origine de la décision du gouvernement Trump, et si on arrive à se décentrer et à examiner objectivement leurs arguments, en y intégrant un instant leurs croyances, tout se tient, et c’est la raison pour laquelle ce discours a de plus en plus d’écho, là où s’affaiblit le discours “pro-choix” de par ses revendications féministes à côté de la plaque (faciles à démonter auprès des gens, il suffit de parler deux minutes des résultats négatifs qu’a pu donner la libération du corps et des moeurs, avec leur cortège de maladies, “l’objectification” du corps de la femme à outrance, les diktats de la beauté et le mal-être qui en découle, etc… C’est dans ce combat que le discours féministe a un rôle a jouer).

Mais avant de considérer qu’on soit pour ou contre, il faut comprendre aussi pourquoi il y a des gens pour et contre, et là se pose cette question: à partir de quel moment l’avortement devient-il un meurtre? (question évidemment prise en compte aussi par les différents gouvernements qui ont dépénalisé l’avortement).

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Encore une image de Jesus Camp, instrumentalisation d’un enfant lors d’une manifestation contre l’avortement.


Selon les chrétiens, qui croient à l’existence de l’âme, on devient une personne (seul être sur lequel s’applique la notion de meurtre) dès les premiers instants de l’existence du foetus, parce-qu’il est directement investi d’une âme du simple fait qu’il est une sorte de réminiscence de l’acte de création de Dieu lui-même. C’est la consécration de l’existence même de la différenciation sexuelle, qui ne prend tout son sens qu’au moment de cet acte de création.

Dès les premières secondes de la fécondation, il s’agit d’un meurtre, selon eux. Du péché le plus grave qui puisse être commis, aggravé parce-que perpétré sur l’être le plus innocent qui puisse être: un enfant même pas encore né.

Alors quand devient-on une personne? Au bout de 3 mois, comme en Belgique?

Au bout de 6 mois, période limite pour l’avortement aux Pays-Bas?

Au moment de la naissance?

En fait, c’est une question à laquelle on ne peut pas objectivement répondre, parce-que la perception de ce qu’est une personne varie en fonction de la conception qu’on a de ce qu’est une personne. En réalité, on n’en devient jamais une: c’est une invention humaine, fondamentalement arbitraire et variable selon les croyances et l’éducation (les esclaves n’étaient pas des personnes pour les anciens grecs, les handicapés non plus pour les nazis, etc…).

Si on prend le temps d’examiner leur argumentaire, on se rend compte que la plupart des pro-life ont probablement bien mieux étudié la question de l’avortement que la majorité des personnes qui relayent l’info du GlobalGag aujourd’hui, et on comprend aisément pourquoi l’avortement est un cas de conscience pour eux.

Et si l’enfant est le fruit d’un viol? Et bien le crime de son père de sa vie? Vous voyez la logique?

Bon. Mais honnêtement, si je peux comprendre la position pro-life (bien que je n’y adhère pas), il y a quelque-chose qui m’inquiète, et c’est encore ce qui me fait le plus peur dans la mise en évidence de la réaction féministe: Pendant que ces derniers râlent de tous leurs poumons, on oublie de souligner le véritable problème: C’est un mouvement religieux qui vient de faire signer un décret par le président US.

On est en train de se tromper de combat comme des cons. Pendant que les machos s’en prennent plein le derche pour rien, le pouvoir que sont en train de prendre les Evangelistes américains lancent un premier signal: on est là, les gars, on est à la tête du pays le plus puissant du monde et on a 4 ans devant nous.

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‘Faut admettre que le créationnisme pourrait expliquer pas mal de choses…


Si le gouvernement Trump commence comme ça, qui l’empêchera d’imposer l’enseignement du créationnisme dans les écoles américaines? (La plus que probable future ministre de l’éducation US est  Betsy DeVos, femme de Dick DeVos, un milliardaire connu pour sa philanthropie: il donne chaque année de grosses sommes à des associations… Chrétiennes conservatrices).

C’est pour ça que ce décret sur l’avortement est inquiétant. Mesdames et messieurs les féministes (dont je suis), excusez-moi, mais on parlera du nombril des femmes plus tard. C’est le contrôle qu’ont les chrétiens sur le pays le plus puissant de la planète qui devrait nous inquiéter.

Et ce sera aussi vrai en Europe quand ça nous tombera dessus. Voilà des mois maintenant qu’on tire à boulet rouge sur les religions au moindre soubresaut, et pour une fois qu’il y a réellement danger, l’ensemble de la presse et des réseaux sociaux semblent ne pas le comprendre. Ou alors c’est juste moi qui suis con, c’est possible.

Mais de mon point de vue, c’est le principe même de la laïcité qui est en péril. C’est bien plus grave que n’importe quelle crèche dans une mairie, ou que les menus hallals dans les écoles. Si l’Europe se laisser aller dans les élections des années à venir et laisse passer ça comme les USA viennent de le faire, c’est au retour d’un véritable obscurantisme qu’il va falloir s’attendre.

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