L’athée: un croyant comme un autre.

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Le terme d'”athée” est sans doute impropre pour définir cette frange de la population qui rallie toujours plus de fidèles.

Le mot “athéisme” est à rapprocher des termes “monothéisme” et “polythéisme”, qui sont des indicateurs du contenu de la religion désignée. Dans ce cas, le a privatif signale l’absence de dieu dans le corpus, religieux ou non; ce n’est pas lui qui détermine le caractère religieux. Les bouddhistes, par exemple, peuvent être qualifiés d’athées: ils n’ont pas de dieu. la croyance bouddhiste se développe sur une conception immanente des choses. Pourtant, ça n’empêche pas certains d’entre eux de se radicaliser (comme en Birmanie)…

Ceci dit, la religion bouddhiste est régulièrement couplée à une autre religion. Ainsi, le bouddhisme cohabite, en Inde, avec l’hindouisme; au Japon, avec le shintoisme, etc…

Soit. En se positionnant comme athée et en considérant ça comme une fin en soi, on cantonne la religion à son ou ses dieu(x), ce qui signifie l’oubli total de ce à quoi les dieux servent. On oublie la sagesse des livres, les siècles d’étude… C’est commettre exactement la même erreur et la même paresse de pensée que les ultra-religieux, que de limiter une religion à son caractère théiste.

Qu’ils le veuillent ou non, les “athées” se rapprochent intimement par certains aspects de ce qui fait qu’une religion devient une religion.

Premièrement, ils se désignent, et donc constituent ensemble un

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Le symbole de super-héros de l’athéisme. Je me moque pas, je constate (enfin si, je me moque quand même un peu…)

groupe au sein duquel les individus revendiquent au moins en partie la même pensée, le même terreau. C’est le fondement de n’importe quelle religion, le mot
religion lui-même vient du latin religere, qui signifie “rassembler”. Les ” athées” s’assemblent ainsi sous une bannière commune, l’athéisme, qui a même son symbole (un peu pourri je vous l’accorde), ce qui tient lieu de secondement.

 

Troisièmement, le fondement de la pensée athéiste, profondément basée sur la Science, ne se base, pour la plupart des athées (pas tous, loin de là, mais pour la plupart), sur rien d’autre que la croyance en ce que l’on nous dit des sciences (la philosophie athée se baserait en fait sur la démarche scientifique davantage que sur les résultats, qui selon la démarche scientifique, peuvent de toutes façons toujours être remis en question). Il est toujours amusant d’entendre le premier argument de 3 athées sur 4 (chiffres totalement fantaisistes), lorsqu’il justifie son opinion (généralement lorsqu’il se moque d’un croyant): “je sais comment fonctionne la foudre, donc j’ai pas besoin de Dieu”.

Outre le fait que, non, il ne sait généralement pas réellement quels sont tous les phénomènes qui entrent en jeu lorsque se produit la foudre, j’ai pu de nombreuses fois constater une récurence de cet argument de la foudre. Pourquoi personne ne parle des arcs-en-ciel ou même de l’apparition de l’univers, seulement de la foudre (peut-être à rapprocher d’un sentiment de crainte ancestrale, enfin maîtristée, et donc ainsi conjurée?)

C’est un peu comme cette histoire du SDF qui fait la manche et puis qui retourne chez lui le soir en Mercedes, que l’on entend un peu partout: c’est toujours une putain de Merco; c’est toujours la même histoire! Soit tout le monde a vu le même SDF dans le Borinage et dans le Centre, soit les gens répètent simplement une histoire qui circule un peu partout, de la même étrange manière que les dictons, les blagues ou la Dame blanche.

Bref, l’athée moyen restitue un savoir scientifique auquel il ne comprend finalement pas grand-chose (comme pratiquement tout le monde, ceci dit, parce-que c’est tout de même souvent hyper compliqué), mais qu’il prétend maîtriser pour donner de la consistance à sa pensée, et qu’il n’a finalement jamais pris la peine de vérifier par lui-même, gobant benoitement ce que des cerveaux qui lui semblent plus gros que le sien lui ont dit dans des livres que d’autres ont lu à sa place.

Remplacez le mot athée par chrétien/musulman/juif, et le mot scientifique par religieux, et relisez la phrase précédente pour constater à quel point le commun des athées ressemble de près à ce qu’eux-même considèrent comme le plus con des religieux.

Pour la plupart, ils sont paresseux, et non idiots, trop occupés à essayer de sembler instruits pour se poser la moindre question lors de leurs conversations de comptoir sur le bien fondé de leur pensée pourtant creuse, éhontément volée à d’autres -qui, eux, ont prit la peine de la construire- et qui se l’approprient en essayant de l’imbriquer à coups de pioche dans leur raisonnement fallacieux, sans aucun désir réel de comprendre, juste le besoin de s’affirmer non pas pour une pensée qu’ils jugent juste, mais contre d’autres pensées qui leur paraissent idiotes, parce-qu’elles leur ont toujours été présentées comme telles et que l’athée en question, pourtant bouffi de sa logique supérieure (les gars, y a rien après la mort, non mais allô), n’a jamais pris la peine d’essayer d’approcher, convaincu qu’il est d’avoir tout comprit à une matière qui non seulement est extrêmement riche, mais qui prend des années à étudier, et plus d’années encore à comprendre, et qui en fait n’a même pas encore fini d’évoluer, puisque la religion et la Science sont des matières vivantes.

L’athée moyen se contentera de dire que la Science répond à ses questions (qu’il ne se pose que rarement). Le plus malin dira, et il aura raison, qu’il n’a pas besoin de savoir ce que les sciences disent pour constater que sa démarche est juste, puisque si elle ne l’était pas, rien de ce qui est basé sur ce savoir ne fonctionnerait. Pourtant, et surtout aujourd’hui, tous nos appareils fonctionnent à hauteur de ce que les scientifiques ont comprit, c’est à dire pas toujours parfaitement, mais tout de même vachement bien. Et les vrais scientifiques ont, eux, l’humilité de reconnaître leurs limites.

Mais quand bien même: l’athée aura raison de croire en la science malgré qu’il ne la comprend pas dans son entièreté, s’il peut constater que la méthode scientifique fonctionne, cela ne le renseignera jamais sur d’autres sujets pourtant fondamentaux, qui dépassent le pur plan physique, et sur lesquels chaque humain se construit. La science ne fournit aucun outils spirituels.

Aucune science ne peut étudier ce que sont, par exemple, le bien et le mal, parce-qu’ils n’existent pas par eux-même. Ils sont inétudiables par la méthode scientifique, qui n’offre pour l’occasion aucun angle d’approche, si ce n’est de constater la nécessité de la croyance: la construction que chacun fait du bien et du mal ne repose sur rien d’autre que l’éducation et/ou la question. On ne peut pas définir ce qui est bien ou mal, parce-que le seul endroit où ils existent, c’est dans la croyance des humains qu’une chose peut être caractérisée comme telle. Par exemple: les terroristes du 13/11, que l’on qualifie, par ignorance de notre propre humanité (ou peut-être est-ce de la peur?), de monstres -ce qu’ils ne sont pas, ils sont bien humains- sont certainement profondément convaincus de faire le bien ultime, alors que l’on parle chez-nous de mal absolu. Un seul acte, deux perceptions, deux éducations, une seule humanité, plus complexe et bien moins finie qu’on se plait à l’imaginer.

Il ne s’agit pas de la perversion d’une bonté intrinsèque chez l’humain, comme on a pu le faire dire à Rousseau. Selon moi, la bonté apparente des humains, dès le départ, ne résulte que de la nécessité pour chacun de vivre en groupe. L’homme seul ne survit pas, il ne recherche que ce qui lui procure un avantage, et il rejette les inconvénients. Ainsi, il fera le bien (ne pas chier dans les bottes d’un membre) dans son groupe parce-qu’il sait, souvent très consciemment, que c’est ce qui lui permet de vivre tranquille. C’est ainsi que s’établissent des règles comme “ne pas voler” ou “ne pas tuer”, parce-que ça nuit à l’équilibre et que c’est l’équilibre qu’on recherche avant tout. En revanche, cela ne l’empêchera pas de convoiter ce qu’un autre possède, dans un autre groupe, ni de faire en sorte de se l’approprier, au mépris de l’équilibre de ce groupe qui n’est pas le sien, tant que ça ne nuit pas à son propre équilibre, du moins dans la limite de sa propre capacité à pouvoir calculer une telle chose. C’est la vie de tous les jours, on le remarque sans cesse, c’est la base de l’histoire des frontières, des guerres, des meurtres…

L’humain ne fait donc pas le bien parce-que c’est intrinsèquement bien, mais parce-qu’il sait que ça lui est profitable. Il est toujours intéressé (chose inacceptable dans notre société actuelle, où les profiteurs sont si mal perçus.) L’altruisme même répond au besoin d’avoir et de donner cette image de soi, on s’approprie l’altruisme pour se sentir altruiste, un acte véritablement désintéressé n’aurait pas de nom. Certains encore répondent aux impératifs de l’un ou l’autre complexe qui le poussera à faire ce qui sera considéré comme bien (à savoir, généralement, faire du bien à quelqu’un, parce-que ça signifie potentiellement que ça pourrait arriver à soi. Mais il suffit que moi, sois frustré de ne pas recevoir cette dose d’altruisme donnée à d’autres, et tout à coup le héros peut se transformer en salaud).

Et l’empathie?

Elle est tout à fait variable: combien ne crient pas ” à mort!” à quelqu’un qui a fauté? Qui ne se repaît pas du sang des islamistes bombardés en Syrie lorsqu’on entend le nombre de morts à la télé? L’empathie ne vaut que pour les êtres qu’on associe de près ou de loin à soi et dont on estime qu’ils la méritent*.

Le Bien et le mal s’établissent sur la même chose: soi -qu’est-ce qui me fait du bien, qu’est-ce qui me fait du mal?- et c’est différent pour chacun de nous, parce-que ça se base sur une donnée propre à chacun: le vécu.

C’est transmissible via l’éducation: on peut enseigner le bien ou le mal, mais cet enseignement sera toujours relu et réévalué selon le vécu de la personne. C’est ainsi qu’on arrive, au sein d’une société, même très petite, à constater des acceptions différentes de ces concepts. Le bien et le mal varient, ils n’existent qu’au sein de chaque individu. L’idée d’un bien/mal qui transcenderait l’humain est simplement absurde, à moins d’y associer un dieu pour la dicter.

La science ne peut pas saisir par sa méthode rigide la volatilité de la pensée humaine. Tout au plus peut-elle constater que c’est variable mais elle ne peut pas déterminer ce qui, du bien ou du mal, devrait prévaloir chez les hommes.

Les sciences sont une conséquence, et non la cause de la recherche de sens de l’homme. Tout comme les dieux. Cette recherche, c’est la philosophie. La science ne peut qu’aider la philosophie, la soutenir. Elle est une démarche philosophique, mais ne peut en aucun cas tenir lieu de philosophie complète. Elle ne peut pas étudier la metaphysique.

En confondant la science avec la philosophie, les athées font sans doute leur plus grande erreur, qui relève de la même dynamique que le créationnisme : l’athée tentera de faire coller une réponse à la question “pourquoi” avec du “comment”, et le créationniste, à la question ” comment” avec du “pourquoi”.

L’athée moyen passe autant à côté de la plaque que le plus crétin des croyants, alors qu’il a avec lui la puissance infinie du néant où tout devient possible, où aucun tabou n’a raison d’être puisqu’il ne repose sur rien. L’athée seul a le pouvoir de se récrier de tout et de tout repenser, il n’a pas de dieu, il est dieu, créant à partir de rien dans son propre univers.

Mais en partant de rien, l’athée qui n’a pas d’activité philosophique, si ce n’est se moquer de celle des autres, finit plein de vide, plus con encore que le plus soumit des croyants, qui lui a au moins une raison de ne rien penser par lui-même.

Tout le problème, pour l’athée, en partant de rien, sera alors de trouver le moyen de construire une société, puisque la science nous enseigne que l’homme est un animal grégaire, dont la stabilité dépend de ce que chacun aille dans la même direction. Et ainsi pourrait naître, pour convaincre chacun, la tentation d’un nouveau dieu fédérateur, puisque permettre à chacun de construire une pensée (chacun pense ce qu’il veut), c’est s’assurer à terme des contradictions, donc des conflits, donc des guerres. Les gens d’accord entre eux s’uniront contre les autres. Retour à la case départ.

Nous n’avons pas tous vécu un chemin qui nous amène à devenir philosophes, et à cause de ça et de la nécessité de vivre en groupe, il faut un phare pour éclairer tout le monde. Qu’elles aient ou non un dieu, les sociétés sont toutes basées sur cette direction commune à prendre, si elles veulent se réaliser. Toutes, de par leurs règles, leurs symboles, leurs traditions, sont des religions qui ne disent pas leur nom, et nous sommes tous des croyants. Seuls quelques-uns le comprennent, mais ceux-là se gardent généralement bien de le dire: combattre l’ignorance est tabou, dans la religion des athées du commun.

* L’empathie est ce qui permet à un humain de se mettre à la place d’un autre être, pas forcément humain, mais dont il peut se sentir proche. L’empathie permet autant de comprendre la peine que la peur, la joie, etc. Ce n’est pas à confondre avec la pitié, comme on le fait souvent, c’est beaucoup plus mécanique que ça.

EDIT 13/04/16:

Je relis l’article et je me rends compte que certaines de ces conceptions ont déjà évolué. Je remarque notamment la dureté avec laquelle j’ai considéré le besoin de bien des hommes, qui est à nuancer davantage. Notamment, je pense que la recherche de faire le bien et de combattre le mal, quelles que soient les formes que ça puisse prendre en fonction de l’individu, pourrait possiblement être inhérente à l’humain. Je dirais aujourd’hui que ce que nous percevons comme bien, c’est ce qui est sensé à nos yeux, ce qui permet l’élasticité nécessaire expliquant la multitude de conceptions. Et les humains construisent naturellement du sens, toujours, dans les limites de leur questionnement.

Le ton me semble aujourd’hui fort caustique, il faut dire qu’il y a de sacrés trous-de-balle et j’ai du mal à apprécier les gens qui clament des idées simplistes pleines de trous et qui cherchent à rabaisser les autres en les traitant de cons.

L’article que vous venez de lire est le résultat d’une réflexion menée depuis des années et encore amenée à évoluer. Je ne pourrais pas clôturer cet article sans citer mon frère comme son co-créateur, puisque certains points abordés ici sont le fruit de sa pensée, produite par son propre travail d’introspection. Connaissant moi-même la difficulté -parfois la douleur- à devoir faire trembler, voire s’écrouler, des certitudes lors de ce genre d’execice, et reconnaissant la part non négligeable de son travail dans ma réflexion, je considérerais comme du vol de ne pas le citer ici. À toi frangin. (Je ne donnerai pas de nom, je préfère éviter sur internet, mais au moins il est là).

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