Une politique extrémiste: et si c’était une étape nécessaire?

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Vous avez le choix!   (Trouvé sur lesechos.fr, sans plus d’infos sur le dessinateur)

 

Le terrorisme n’est que la partie la plus spectaculaire et la plus stupéfiante d’un ensemble de problèmes que notre modèle de société entraîne et qui commencent à nous rattraper, et dont la source unique est le désintérêt pour tout ce qui ne semble pas concerner directement notre existence.

Mais il est clair que le citoyen est conforté dans cette position: “on ne doit surtout rien changer, on n’a rien à se reprocher”, tel est le message qui est régulièrement véhiculé, non seulement par les médias, mais aussi par énormément d’individus, chez qui le simple effleurement par la pensée de la taille du défi qui est à relever provoque une sorte de blackout interne, et dont le résultat sensible est la simple négation, voire un violent rejet. Il semble pourtant de plus en plus clair qu’un remaniement profond du système doit intervenir, plus à même de répondre aux problématiques actuelles.

“Répondre aux questions/problématiques/défis actuel(le)s”, quelle personnalité politique n’a pas déjà utilisé cette phrase?

Le fait est que j’en viens de plus en plus à penser que le vote pour des partis extrémistes est un passage obligé pour que les citoyens puissent se rendre compte que le système actuel est en bout de course. Je m’explique: On remarque au travers des sondages qu’une bonne partie des gens qui votent pour un parti comme le FN ne le font pas par conviction, mais par contestation.

C’est d’ailleurs déjà ce qui s’était passé en 2012 pour les présidentielles en France, où il est beaucoup plus facile de lire et de prendre en exemple ce genre de tendances qu’en Belgique (le pays où je vote), du moins pour moi qui suis limité dans mes outils*: F. Hollande a gagné les élections, non seulement par adhésion pour lui, mais majoritairement par protestation contre son opposant, N. Sarkozy.

Aujourd’hui (et pratiquement depuis le début de son mandat), il ne faut pas chercher loin les signes du raz-le-bol vis-à-vis de Hollande, et ça s’explique finalement assez simplement: les marges de manœuvre du gouvernement d’un pays d’Europe sont extrêmement limitées, du fait de l’obligation d’obéir à des lois spécifiques bien sûr, mais aussi des différents niveaux de pouvoir internes, qui se partagent entre différents partis qui n’hésitent pas à se tirer dans les pattes**, et des pouvoirs extérieurs comme l’UE, l’ONU, mais aussi toute une série d’accords commerciaux, qui, au mieux, limitent certaines prises de décisions. Et c’est sans compter l’éventuelle mauvaise volonté/foi du gouvernement en question, assez difficile à mesurer objectivement, mais sensible – et ça pour tous les gouvernements, pas seulement celui de François Hollande.

Alors ça donne l’impression que le gouvernement ne fout rien, ça fait que le peuple en a marre, et si les gens en ont marre des partis qui se trouvent près du centre de l’horizon politique, comme rien ne semble y fonctionner de toutes façons, et bien ils vont voir aux extrêmes si la situation n’y est pas meilleure, et les partis extrémistes excellent dans la récupération des échecs des autres.

En fait, et c’est assez drôle au regard de l’actualité, il s’agit du même phénomène qui pousse les gens à migrer: quand il n’y a plus rien de bon quelque-part, on va chercher ailleurs. Les gens qui votent pour des partis extrémistes sont eux-même des migrants politiques.

 

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On en est là. (le-partisans.fr)

Bref: après pas loin de 20 ans de Droite au gouvernement, les électeurs en ont marre de leurs promesses et décident de voter à Gauche. Aujourd’hui, comme les changements promis n’arrivent pas et ne semblent pas se profiler, les intentions de vote semblent se tourner vers le FN pour 2017. Les élections régionales à venir nous indiqueront plus précisément quelle est la température à ce niveau.

Mais du coup, si le FN arrive au pouvoir, ils n’auront pas nécessairement plus de facilités pour faire tourner le pays avec leurs méthodes, en admettant qu’ils soient réellement de bonne foi et qu’ils croient vraiment à leurs idées, les changements qu’ils proposent sont souvent tellement radicaux que ça risque très fort de coincer au moment de passer, parce-que tout extrêmes qu’ils soient, ces partis doivent aussi se plier au système.

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Toute la finesse du FN, un parti où “tradition” n’est pas un vain mot.

Et quand bien même ils arriveraient à tout remanier à leur sauce, beaucoup des gens qui auront voté pour le FN se rendront compte qu’un parti extrémiste ne peut pas s’intégrer au monde actuel sans faire énormément de dégâts, parce-que leur politique simpliste*** déjà destinée à l’échec il y a 40 ans contient trop de failles et trop de points avec lesquels la majorité des Français qui auront voté FN par protestation ne seront finalement pas en phase.

Là, deux solutions se profilent: soit le FN fait des concessions et passe pour un parti de vendus incapables de faire mieux que les autres, soit le FN va jusqu’au bout et mène sa politique de fermeture vouée à se casser la gueule à terme dans ce monde ouvert, auquel les Français sont habitués et qu’ils ont d’ailleurs largement contribué à bâtir, et qui ne fera pas marche arrière, à cette époque où la communication est ce qu’elle est. On ne peut que tendre à plus de mondialisation de la politique, ou alors il faut couper internet, interdire aux avions de décoller, désactiver les satellites, etc…

Et c’est sans compter sur l’agressivité des pays émergents, qui n’attendront pas que les Français se rendent compte de leur erreur et fassent volte-face, pour prendre la place laissée vacante. On fait des envieux, lorsqu’on est la 6ème puissance économique du monde. (Le bien fondé de telles politiques basées sur l’économie est un sujet de discussion à part entière, que je n’aborderai pas maintenant).

Dans un cas comme dans l’autre, le FN arrivera à ses limites rapidement et les gens ne pourront plus que se rendre compte que le problème ne vient pas des partis, mais du système dans lequel ils évoluent, système créé à une époque où le monde des humains n’était pas ce qu’il est aujourd’hui. L’époque est révolue, mais le système, dont on percevra de plus en plus clairement l’agonie à l’avenir, persiste. et ainsi se créera la nécessité, dans le l’esprit du peuple, seul véritable maître au final – et ce quel que soit le régime en place – de le reconstruire en profondeur.

Et le problème est généralisé dans tous les pays où le vote sert quand même un peu à quelque-chose: on finit par en avoir marre de n’avoir le choix qu’entre frites ou pizza, et un peu partout on est de plus en plus fortement tenté par le resto exotique, dont le menu pourtant alléchant va se révéler immangeable pour nos palais d’occidentaux (ils auraient pu dire qu’ils laissaient les épines sur l’oursin à la purée de fraises!).

On ne pourra qu’en arriver à se rendre compte que tout ça a fait son temps: on essaye d’ajouter des extensions bancales aux pouvoirs déjà en place, et ça depuis 30 ans au moins, en essayant de contenter tout le monde (ou plutôt de ne vexer personne), au point que nous avons créé un foutoir bureaucratique pour lequel le seul nom qui me vient est Frankenstein, où les failles sont si nombreuses que même un Euroconvaincu comme moi finit par ne plus croire en l’Union Européenne actuelle, sans doute lancée trop tôt (RIP, Constitution Européenne, someone still loves you, même si j’étais trop jeune pour comprendre pourquoi).

L’heure viendra de tout nettoyer par le vide, c’est la marche de l’Histoire, aucun système politique n’est appelé à durer, tant que les hommes évolueront. La seule inconnue: c’est pour quand? Est-ce que le moment est finalement venu? J’ai l’impression que oui, que ça ne prendra pas une nouvelle décennie pour arriver, mais qui suis-je pour l’affirmer? Il faut du temps pour prendre le recul nécessaire, dans ce genre de cas.

L’intéressant ensuite (et le plus flippant, sans doute) sera de voir quelle direction, quelles formes, tout cela va prendre…

Est-ce que vous ne ressentez pas un frisson d’effroi mêlé d’excitation à cette idée?

* Et voilà par exemple un des points cruciaux du problème de désintérêt pour la politique: les systèmes semblent incompréhensibles, et rien n’est fait pour faciliter l’approche du citoyen vers son monde politique. Essayer de s’y intéresser au quotidien est un chemin de croix, tant l’outil formidable qu’est internet est mal utilisé.

** C’est presque systématiquement le cas aux USA, par exemple, entre le gouvernement et le sénat, le second étant souvent constitué en majorité de membres du parti opposé (pour le moment, les Républicains) au parti en place au gouvernement (les Démocrates). Ce résultat quasi routinier serait dû à ce qu’on pourrait traduire comme de l’impatience de la part des électeurs qui, mécontents du manque d’avancement dans la politique gouvernementale mise en place après les élections présidentielles, proteste au moment de voter pour le sénat. Evidemment, le mouvement est dans l’ensemble plus complexe que cela, mais il explique en partie la difficulté à faire avancer le moindre dossier dans le pays.

*** La preuve ultime que le programme du FN est simpliste: tout est compréhensible à la première lecture. Il est mensonger aussi, par exemple en prétendant que l’Europe a adopté une Constitution, alors que la France fut de ces états qui la refusèrent, dans son cas après un référendum, en 2005. Mensonger et xénophobe quand, quelques lignes plus loin, il est écrit en gras comme une menace que “l’on voudrait faire entrer la Turquie dans l’UE”, ce qui n’a jamais été aussi peu près de se faire qu’aujourd’hui, et qui a toujours créé d’intenses débats de toutes façons (la preuve en est: la Turquie ne fait pas partie de l’UE).

Cet article est à la base une réaction de ma part sur Facebook, et est donc tiré de son contexte. L’idée me semble suffisamment intéressante et illustrative de ma pensée actuelle, mais pourrait, bien que je l’aie remanié, ne pas sembler se tenir de bout en bout. Cela explique aussi pourquoi pratiquement pratiquement seule l’extrême droite est visée, alors qu’il existe d’autres formes d’extrémismes: cela faisait partie du contexte. Cela dit, seule l’extrême droite tire réellement son épingle du jeu actuellement.

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