Parce-que nous continuons à vivre.

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Partout je lis “la vie continue”.

Je lis qu’il ne faut pas se laisser abattre, que nous devons continuer malgré la tristesse et reprendre le cours de notre vie.

Ça me tue.

Quand comprendrons nous que nous avons une énorme part de responsabilités dans ces événements?

Que cette vie, qu’on nous exhorte de toutes parts à reprendre sans rien y changer, est le terreau qui a rendu possible ces attaques?

On nous présente le monde en deux couleurs, les grands méchants terroristes inhumains, contre nous, les victimes qui n’avaient rien demandé à personne et qui n’ont rien d’autre à tirer de ces attentats que la colère, légitimée par le bien fondé de notre désir de vivre en paix.

De qui cela traverse-t-il l’esprit de se questionner: pourquoi des jeunes, nés en France, le pays des libertés, de l’égalité et de la fraternité, pourquoi ces jeunes ont-ils fini par préférer se faire sauter le caisson plutôt que de continuer la vie qui leur était proposée par le modèle Français (et par extension occidental)?

La plupart d’entre nous ont une vie facile. Entre le boulot et les factures, il nous reste suffisamment de temps pour profiter de la vie, et même encore un peu après pour râler parce-qu’on n’a pas le droit de profiter plus.

Lorsque nous votons, nous donnons notre voix à ce qui nous arrange le plus, généralement financièrement, sans penser aux coûts humains, sans penser aux conséquences. S’ils le proposent, c’est que ça doit fonctionner, pour le détail, voyez avec eux, moi je veux ma bagnole de société et c’est tout.

Contents d’être anonymes, ignorants et ignorés de nos contemporains, nous menons le fil de nos existences en égoïstes solitaires et heureux du confort que cela procure. L’état n’a qu’à gérer le reste, vu ce qu’on le paye!

Trop peu se rendent compte que la collectivité est un ensemble de ces individus et, qu’à ce titre, chacun a un devoir que je qualifierai de sanitaire envers ses pairs.

Nous ne pouvons pas reprendre les vies d’égoïstes que nous avons toujours menées, nous ne pouvons pas tous nous dire que quelqu’un d’autre fera notre devoir de citoyen à notre place.

Nous profitons pleinement des avantages que nous procure notre société, mais nous ne donnons en retour rien de plus que les heures de travail qu’elle nous demande et qui nous semblent déjà trop souvent être un fardeau, uniquement supporté par l’idée de pouvoir dépenser de l’argent le jour de paie.

Nous jouissons de nos vies confortables en omettant systématiquement de nous souvenir que ce luxe qui fait notre quotidien se paye par le sang et les larmes de peuples entiers, exploités par nous, pour nous. Et nous le savons tous, bien que nous ne sachions pas tout. Mais on a décidé de s’en taper.

Nous ne pouvons pas faire ça et nous étonner d’être détestés en retour.

Nous ne pouvons pas simplement décréter que les terroristes français qui s’en sont prit à leur propre pays sont simplement des fous et que leurs actes sont inhumains.

En niant le caractère foncièrement humain de ces actes certes terribles, nous passons totalement à côté du message qui pourtant devrait nous sauter à la figure lors de tels attentats: “Moi, terroriste français, né sur le sol de la France, suis la preuve que votre société est malade et que, trop souvent, les plus faibles sont laissés sur le carreau.

Vous n’en avez pas conscience parce-que ce n’est pas montré à la télé, parce-que vous ne vous promenez pas dans nos ghettos, parce-que nous, les rebuts de votre société, sommes écartés de votre monde, mais nous sommes là, et aujourd’hui nous en avons assez, nous préférons mourir et vous tuer que de continuer à supporter votre nombrilisme indécent.”

Je ne suis pas en train de dire que nous méritons des attentats, mais que ce que nous faisons (ou ne faisons pas) provoque un contexte qui incite une partie de la population à prendre les armes.

Ces gens nous rendent une violence que nous leur faisons subir par notre égoïsme, notre indifférence à leur sort, étouffés sous de beaux discours de vivre ensemble. Ce n’est pas moins monstrueux, ni tellement moins meurtrier, mais c’est moins spectaculaire.

Ils ne sont pas fous par nature, mais le deviennent par dépit. On ne se questionne pas assez sur cette part horrifiante de nous-même, qui fait pourtant partie de l’humanité, autant que la capacité de créer la beauté.

Devenons les humains que nous devrions être, en acceptant que nous dépendons des autres autant qu’eux dépendent de nous. Nous avons le devoir, si nous voulons vivre en paix, d’accepter cette responsabilité. D’accepter aussi que tout le monde ne peut pas tout avoir, et que donc nous ne devrions pas souhaiter tout posséder nous-même.

Tout simplement parce-que notre propre paix dépend de ce que nos voisins vivent aussi en paix.

Ne reprenons pas nos vies d’avant: tout est à repenser.

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